peintre arles PACA
ECRITS
Vincent Misser Peintre Arles

Les étoiles

nos rêves sont pareils aux étoiles: des soleils égarés la nuit,
leur lueur se perd dans la lumière opaque des gares,
dans l'écho sourd de trains qui partent...
je ne suis pas d'ici
je ne suis plus de là,
je ne suis plus déjà
je ne suis pas encore,
plus déjà, pas encore,
à l'orée d'une aurore s'est éteinte une étoile
je me souviens, mais je le veux comme il me plait,
mon cerveau peu à peu ensevelit mes plaies,
parfois au creux du chemin mes pas rencontrent le passé,
et l'illusion d'un jour oublié me catapulte en hiver,
un autre hiver , un passé neuf où même le froid mordant me tisse
un doux coton, dans cet autre pays tissé de nos mémoires,
là même les rages de dents se fondent en caresses
le grincement de nos peines n'est plus qu'un doux roulis
et ça nous berce le futur, ça nous appuie sur la béquille
qui se déforme dans l'eau du souvenir, ça nous fait vivre
nos rêves sont pareils aux étoiles des lueurs égarées la nuit




L'âge

Hier encore tout était presque neuf
Et puis l'âge est venu
Sans bruit,
Lancinant,
Si discret dans sa nuit feutrée,
L'âge qui revenait de loin,
L'âge sans prévenir
Se glissa doucement
Et peu à peu
Dévora les vieux rêves,
S'installa bien au chaud
Et se mit à bailler
Comme un chat



Insomnie

Sur la page blanche de ma nuit
D'où le rêve s'est enfuit d'ennui,
Le sommeil déserté s'abolit,
Sur la plage blanche de mes jours
Où les heures égarées,
Dans la pluie des pas de la rue
Se trempent encore
Dans l'horloge affolée des villes,
Le temps prend corps
Sur la page blanche du rêve,
Les oiseaux des jardins d'antan se sont tus,
Les accords crus jadis ont perdu le sol
Ce son « tu »
Sur la page blanche de ma nuit
Je n'ai su trouver le gué
Je n'ai plus le son du regret
Les oiseaux des jardins d'antan
Ont perdu le sol envolé
Sur la page blanche de ma nuit
D'où le rêve s'est enfui d'ennui,
Le sommeil déserté s'abolit




Zone rouge

Ce soir il y avait tout ce flot craché sur les trottoirs de Paris qui s'engouffre dans les couloirs, se répand sur les quais par vagues successives, ce rythme sans époque, ce battement anonyme de la rame, tous ces masques murés, cette frénésie, ce martèlement:
comme un bruit de bottes.
Tu es échoué là bas à l'autre bout de Paris ou bien peut être au finistère des Amériques, là où règne la plus polaire des solitudes
Tu es en zone rouge
Tu entends au delà du sommeil et du monde un chant que j'ai la douleur de ne pas ignorer, il monte infiniment lentement, s'écroule avec fracas comme la houle océane, c'est la voix du rêve qui perce l'abîme, cruellement, on dirait du Mozart, tout comme Ulysse au mât elle te déchire:
tu es en zone rouge
Je voudrais semer des pollens d'innocence, des nids d'espoir où se love l'aurore, des bourgeons où s'exile un dernier souffle d'Amazonie.
Des filigranes pantelants de vie vraie s'insurgent en ta mémoire, l'océan pollué de hideur quotidienne crache sur nos digues les oiseaux flétris de nos rêves,
ce sont des songes pétrolés de pensée uniforme et de regards bovins télévisés, ce sont des rêves
étriqués élagués ratatinés comme les bonzaïs meurtris et les semblant de vie sur mesure qu'on emporte dans des caddies.
Ce sont des rêves d'objets, d'hommes objets, de femmes objets, de morts vivants, des rêves de clones.
Il y a 300000 ans que nous avons oublié l'harmonie des différences, cet oubli c'est un trou béant dans l'ozone.
La terre appartient d'abord aux nomades, à ceux qui ne la morcellent pas, l'espèce humaine est sur une coque de noix qui passe le cap Horn
Nous n'avons plus le temps de vivre hors de la vie,
nous n'avons plus le temps d'être des animaux domestiqués,
nous sommes en zone rouge